Après « Kohlanness », les activités suspendues en prison

Début septembre, le centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier en Isère devait fêter ses trente ans. La direction de l’établissement a mis à disposition un camion pizza pour les détenus qui n’avaient pas eu de problèmes de discipline depuis deux ans et pour les gardiens. Mais une semaine après la polémique « Kohlanness », cette course de karting organisée à la prison de Fresnes, l’activité a été annulée, sans donner de raison.

Au Progrès, Alain Chevallier, secrétaire général du syndicat Ufap-Unsa Justice, déclare : « Je suis convaincu que ce qui s’est passé à la prison de Fresnes a beaucoup à voir avec cette décision et qu’il y a eu des consignes récentes, car il y a quelques jours nous encore demander aux superviseurs de distribuer les bons de commande. »

Sur l’ensemble du territoire, les activités socioculturelles semblent donc avoir été suspendues. « Selon certaines directions interrégionales, des coordonnateurs de projet ont pris des mesures pour suspendre ou annuler des ateliers dans l’attente de la validation de la direction administrative de la prison », indique Flavie Rault, membre du Syndicat national des directeurs de prison.

Après le « Kohlanness », le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a en effet promis de mettre en place « un cercle pour définir clairement les conditions nécessaires à la conduite des projets de réinsertion en prison ». « Tous devront désormais faire l’objet d’une validation expresse par la direction de l’administration pénitentiaire », a-t-il précisé. Déclaration « rébellion » de Flavie Rault : « Les acteurs de terrain ont eu peur. Ainsi, les activités « classiques », autorisées depuis des années sous forme de concerts, apparaissent sur la sellette. Nous ne mesurons pas ce qui se passe. »

Des délais allongés

Des délais allongés

Pour assurer la réinsertion des détenus, la loi pénitentiaire de 2009 oblige « tout condamné (…) à exercer au moins une des activités qui lui sont recommandées par le chef d’établissement et le directeur de la prison. service d’insertion et de probation ». Jusqu’à présent, seuls ces deux acteurs devaient valider les projets des associations. Parfois, lorsqu’un financement était nécessaire, les bureaux interrégionaux pouvaient également être sollicités.

Carting à la prison de Fresnes, qui sait quoi ?

« Habituellement, nous commençons deux mois à l’avance pour mettre en place nos activités, le temps d’obtenir toutes les autorisations et les équipements. S’il faut passer par la gestion administrative de la prison maintenant, les démarches seront sans doute beaucoup plus longues », s’inquiète Irène, membre de Champ libre, une association qui organise le yoga, l’informatique ou l’histoire de l’art en détention.

« C’est déjà compliqué de trouver des associations pour intervenir dans les établissements de calligraphie. Avec ce contrôle supplémentaire, il y a un risque que l’éventail des activités soit réduit », explique Wilfried Fonck, secrétaire national à la justice de l’Ufap-Unsa.

Le contenu des activités en débat

Le contenu des activités en débat

Au-delà des délais, se pose également la question du contenu des activités. « Jusqu’à présent, la validation ne s’est pas concentrée sur le contenu des projets, mais sur les aspects financiers et logistiques. Après « Kohlanness », ça va probablement changer », prévient Flavie Rault, qui redoute un tri entre les activités culturelles jugées acceptables et celles qui sont plus divertissantes.

« Les dirigeants des établissements vont certainement aujourd’hui réfléchir au contenu des activités qu’ils vont proposer, mais aussi à leur éventuelle médiatisation », appuie Wilfried Fonck. Pour lui, cependant, le choix des activités n’est pas une mauvaise chose : « Les projets menés en prison doivent avoir une portée pédagogique. Le théâtre, par exemple, ouvre à la culture française et ne sert qu’à tuer l’ennui. »

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Mais pour Irène, cette position va à l’encontre de l’objectif initial des projets menés en détention : non seulement se divertir ou s’instruire mais « créer du lien social ». Dans un avis de 2019, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) considère que « le sport et la culture sont des vecteurs indispensables pour passer à autre chose », pour sortir d’un environnement trop souvent déshumanisant, et d’une activité valorisante qui ne ( . ..) ».

Dans une tribune pour La Croix, l’ancien sous-directeur de la prison Bertrand Kaczmarek ne dit rien d’autre : « L’activité est le moyen de favoriser une rencontre, car c’est là que jaillit l’un des ressorts les plus puissants pour que la douleur serve à quelque chose. »

Des activités limitées

Selon le ministère de la Justice, le temps consacré aux activités dispensées dans les prisons en 2017 était en moyenne de 3,46 heures par détenu et par jour.

Selon la section française de l’Observatoire international des prisons, le budget consacré à la prévention de la récidive et à la réinsertion – y compris l’organisation d’activités – est d’environ 90 millions d’euros, sur un total de 3,639 milliards d’euros en 2022.

Au niveau central, l’administration pénitentiaire travaille avec 24 associations qui interviennent dans de nombreux domaines : mise en place d’activités (éducation, formation, culture, sport), écoute et soutien, maintien des liens familiaux, etc.

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