Comment intégrer de vrais changements écologiques dans…

La victoire électorale des élus écologistes, lors des dernières élections municipales, est une incroyable opportunité de démontrer aux sceptiques et farouches opposants de toutes sensibilités écologistes qu’il est possible de remplacer la « logique du toujours plus », celle du « toujours mieux ». Bien entendu, il ne faut en aucun cas sous-estimer le pouvoir des tenants du productivisme, capables de se transformer en vaniteux et délirants tenants de la « croissance verte »… leurs certitudes rejouent le vieux combat du pot de terre contre la marmite en fer ! Heureusement, il existe des magazines courageux, comme celui-ci, qui s’assurent de faire des recherches pour donner aux lecteurs des informations leur permettant de prendre position, sans aucun dogmatisme.

Philosophe et essayiste, il a publié de nombreux ouvrages sur l’urbanisation planétaire, les utopies et la géohistoire de la pensée écologique. Parmi ses derniers ouvrages : Mesure et démesure des villes, éditions CNRS, 2020 ; Pays d’Enfance, Terres Urbaines, 2022 ; Les bidonvilles, La découverte, 2022 et Rachel Carson. Pour la beauté du monde, Calype, 2023.

Imaginons une commune écologique, je dis « une commune écologique » comme exemple théorique, car une ville seule ne peut pas vraiment rompre avec le productivisme qui traverse toutes ses activités et prérogatives, il faudrait stimuler un vrai changement et constituer des « biorégions  » .. Ce sont encore des questions d’espoir [1]. Revenons cependant à une commune qui veut entrer en « transition », qui a affiché dans son programme sa volonté de lutter contre le changement climatique, le gaspillage énergétique, l’artificialisation des sols, les diverses pollutions « ordinaires », l’abstentionnisme, l’écart grandissant. entre les plus défavorisés et les plus riches, etc. Nous donnons à ces élus des convictions sincères. À quoi peuvent-ils s’engager dans les premiers mois de leur mandat ?

Première action : écologiser le conseil municipal

Sans songer au municipalisme vert autogéré auquel Murray Bookchin [2] aurait sans doute souscrit, j’envisage quelques évolutions possibles. Avant de les expliquer, je dois réaffirmer haut et fort que l’écologie est une méthode (hodos en grec signifie « chemin », c’est-à-dire « voyage ») qui conjugue en permanence, et sans les hiérarchiser, la démarche, la transversalité et l’interrelation. A cet égard, la première action serait de verdir la commune, c’est-à-dire de remplacer un organigramme thématique et vertical (Mme ou M. parcs et jardins, sécurité, petite enfance, déplacements et mobilité, logement, etc. ) avec une collégiale. délégations, ce qui implique une nouvelle culture politique des élus et surtout une profonde réorganisation des services municipaux et, donc, de leurs attributions, de leurs capacités de proposition et de leurs horaires.

Là, une « Maison du temps et du territoire » s’impose pour harmoniser les temporalités des habitants de la ville et celles des institutions et des entreprises. La chronotopie qui examine les usages d’un lieu selon ses temporalités (saisons, nuit et jour, jours de la semaine, etc.) sera privilégiée, sachant qu’elle générera des économies d’énergie, tout en correspondant aux habitants. attentes Cette cure prendra également en compte la chronobiologie de tous les êtres vivants, d’où une approche déformée des milieux. Ah, ces parcelles artificielles de vert (espaces verts, champs, forêts et forêts) et bleu (rivières et rivières) qui oublient les parcelles blanches (silence) et noires (nuit), et surtout leur tissu infatigable, gage de biodiversité [3 ] ! Pour renforcer une culture commune, tous les élus liront chaque semaine le même livre (Emerson, Thoreau, Muir, Aldo Leopold, Carson, Starhawk, Tronto…), qu’ils commenteront le vendredi à l’apéritif.

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Deuxième action : la trinité joyeuse

Une deuxième action serait de souscrire à l’heureuse trinité : du cas par cas, du sur-mesure et du « faire-aux-habitants-et-aux-vivants ». Et cela dans tous les domaines. Là encore, habitudes bureaucratiques, réglementations dépassées, « boîte à outils » standardisée, les hiérarchies sont à repenser complètement. Certains fonctionnaires traîneront des pieds, mais constatant que leur avis est sans cesse sollicité, ils optent rapidement pour cette dynamique qui valorise leur travail et les incite à lui donner du sens.

Troisième action : la coopération plutôt que la représentation

Une troisième action viserait à remplacer l’urbanisme, et sa planification, son PLU (plan local d’urbanisme), SDRIF (schéma directeur de la région Ile de France) et autres procédures d’hier, gérant les possibilités à partir de la comparaison. d’options, débat public, apport citoyen, dans l’esprit d’une planification des impacts écologiques, basée sur une réelle participation active préparée… Le droit de vote à douze ans sera généralisé, des conseils municipaux se tiendront régulièrement dans les écoles, la politique ne dépendra plus de la représentation, mais de la coopération. Un conseil municipal biennal réunirait adultes et enfants, avec un temps de parole égal et le dépôt d’ordinateurs portables à l’entrée de la salle des réunions. Je précise que faire le foyer signifie « prendre soin de soi ». De qui? À propos de quoi? Des gens, des choses, des lieux, des êtres vivants [4].

Quatrième action : privilégier le BTPP (bois, terre, paille, pierre)

Une quatrième attitude consistera à privilégier le BTPP (Bois, Terre, Paille et Pierre) pour des constructions bioclimatiques décarbonées et à la plantation d’arbres chaque fois que possible, à l’acquisition d’une forêt urbaine proche de la ville si sa surface, son relief , ses bâtiments, ses infrastructures ne peuvent en accueillir aucun. Les gratte-ciel, ce « produit » d’une arrière-garde architecturale, seront interdits, ceux qui existent seront démantelés et leurs matériaux seront réutilisés. Le permis de construire incitera à traverser la maison, qui se compose d’une salle de bain avec fenêtre, d’un escalier éclairé de jour, d’une cave-débarras, d’un balcon-loggia…

Cinquième action : se réapproprier l’énergie et l’alimentation

Une cinquième société visera une plus grande autonomie de la commune dans les domaines de l’énergie et de l’alimentation. La géothermie, le chauffage urbain à base de produits de récupération, l’extinction des lumières une partie de la nuit, le passage aux ampoules LED, etc., sont des pas dans la bonne direction des économies d’énergie.

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Sur le plan alimentaire, c’est ici que seule la ville apparaît nue : elle doit réactiver la bio-agriculture locale, ouvrir une ou plusieurs fermes municipales, encourager la culture de céréales pour une farine de qualité qui servira aux talentueux boulangers et pour une paille destinés à l’isolation ou à la construction. maisons… Les cantines dépendront de chaque école ; le compostage, le jardinage, la conserverie, le poulailler, seront intégrés à l’emploi du temps des écoliers, ainsi que mettre la table, servir les repas, faire la vaisselle. C’est ici que la biorégion prend tout son sens, magnifiant l’hydrographie, exaltant les haies et l’agroforesterie, invitant à l’alternance des cultures, redécouvrant des savoirs oubliés, rééquilibrant les échanges entre villes et champs, voire urbanisant, apportant activités économiques et services publics. lieux de résidence…

Sixième action : des déplacements commodes et économes

Une sixième composante renvoie aux trajets pratiques et économiques, à la carte et collectifs, à la fois d’usage quotidien et de livraison, que les taxis pourraient effectuer pendant leur « temps mort », par exemple. L’auto-stop sera réactivé, la marche et le vélo seront encouragés, bénéficiant d’itinéraires protégés, de parkings sécurisés, d’ateliers de réparation accessibles, etc. Un « code des rues » sera élaboré pour garantir que les piétons ont partout la priorité la plus élevée. Les passages pour piétons seront élargis et colorés pour inciter les automobilistes à ralentir et laisser les piétons rouler à leur rythme sécuritaire. L’automobiliste sera gentil et courtois, tellement surpris par son comportement avec les passants qu’il le sera volontiers à nouveau.

Pour que les rues soient praticables, il faut qu’elles soient animées, avec des activités au rez-de-chaussée (artisans, professions libérales, commerces, associations, tiers lieux, accueil des sans-abri…) et des personnes, avec des bancs, des toilettes publiques, des fontaines, des statues, des jeux d’enfants et des plantations, comme ceux des « Amazing Edibles ». Les façades ne seront plus alignées militairement avec la rue, mais décalées entre elles, avec des arcades si belles quand il pleut ou qu’il fait trop chaud, des jardins, des tables et des chaises pour rencontrer les voisins, boire un verre, jouer aux cartes, etc. .

Septième action : l’art

Enfin, la septième préoccupation sera l’art qui enveloppera toutes ces actions de sa magie inépuisable. Gabarits et affiches, musiciens de rue, théâtres ambulants, mimes, jongleurs et funambules, hip-hop, rap, galeries, musées, etc., tous les arts trouveront leurs « spectateurs », jusque dans les quartiers pavillonnaires, les grandes agglomérations, les petites lotissements, etc. les villes Les festivités marqueront la vie de la cité et libéreront chacun de son confinement numérique : de « seuls ensemble », ils deviendront « différents », c’est-à-dire « autres », le temps d’une rencontre.

La ville combinera alors ses trois qualités fondamentales : l’urbanité, la diversité et l’altérité. Ces sept intentions paraîtront sincères à plus d’un lecteur, mais elles débloqueront de nombreuses tensions avec peu et faciliteront l’accès au bien-être pour tous.

Photo d’un : La ville de Font-Vert, dans les quartiers nord de Marseille. Il expérimente des jardins en pied d’immeubles, cultivés par les habitants (voir notre reportage)/©Nathalie Crubézy/Collectif à-vif(s)