Conseils jardin de Marie Marcat : Erik Borja, une vie, un…

Marie Marcat a cultivé son jardin avec le label Remarquable à Neuilly-en-Sancerre pendant 34 ans. Semaine après semaine, elle livre conseils et secrets pour un jardin florissant.

Le jardin zen d’Erik Borja dans la ville drômoise de Beaumont-Monteux est l’un des jardins japonais les plus beaux et les plus aboutis de France.

Erik Borja, d’origine algérienne par son père et espagnole par sa mère, a étudié la sculpture aux Beaux-Arts. En 1973, il crée son premier jardin d’inspiration japonaise autour de sa résidence d’été. Une première version adaptée au climat de la Drôme.

En 1977, visitant les jardins de Nara et de Kyoto au Japon, il trouve une nouvelle voie à sa créativité, inspirée par les enseignements du Zen. Il a ensuite examiné les jardins des monastères bouddhistes.

Les conseils jardin premium de Marie Marcat : L’art de tous les jardins…

A son retour, il aménage son jardin et décide de déménager son atelier de sculpture parisien dans la Drôme, où il s’installe définitivement en 1979. Dès lors, il crée de nombreux jardins publics et privés en France et à l’étranger, enseigne dans ses ateliers de jardinage dans la Drôme et publie de nombreux ouvrages en collaboration avec le photographe Paul Maurer, dont Du bon usage du jardin zen, L’Esprit du zen dans nos jardins. et Les Leçons du jardin zen.

J’ai visité ce jardin de nombreuses fois, j’ai rencontré l’artiste, sensible et discret, et j’ai été séduit par les deux.

Différents jardins composent ces trois hectares d’espaces verts : le jardin d’accueil, le jardin de méditation, le jardin de thé, le jardin méditerranéen, le jardin de promenade et le jardin des dragons.

Harmonie, bien-être et méditation

L’entrée du site est rythmée par un portique en bois très simple, mais cette simplicité n’apparaît qu’au regard du soin apporté à la topiaire et du traitement des surfaces au sol.

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Selon les principes du Feng Shui chinois, le jardin d’accueil est à l’ouest. A droite de l’entrée se trouve un tsukubai (petit bassin ou pierre creusée alimenté en eau par une canne de bambou) où l’on peut se purifier avant d’entrer dans le jardin proprement dit.

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Au bout de l’allée carrelée en terre cuite se trouve un espace ouvert pavé de galets. Elle marque la transition entre le monde réel (Ouest) et le monde onirique (Est) et dessert les deux entrées de la maison, la privée et la publique.

Le jardin suivant est devant la maison et ses fenêtres s’ouvrent sur un espace minéral de graviers et de pierres bordé de plantes taillées : c’est le jardin de méditation. Il est traversé par un ruisseau. Son succès est dû aux contrastes de tailles et de couleurs des nuages. La gamme de greens est exceptionnelle.

Le jardin de méditation s’inspire du jardin sec japonais (karesansui) comme celui du temple Ryoan-ji. C’est la partie la plus ancienne, qui s’est transformée d’une prairie fleurie en un jardin de méditation en 40 ans. Il est ratissé chaque matin pour laisser place à l’harmonie et au bien-être. Il montre une mer avec les deux îles traditionnelles de la grue et de la tortue. Le gravier ratissé en sillons profonds souligne l’aspect graphique et le jeu d’ombres et de lumière anime la mer de sable. Une pierre en forme de bateau renforce cette image projetée.

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Le jardin de thé mène au pavillon, où traditionnellement l’hôte offre le thé à ses visiteurs. Cela surplombe l’étang ci-dessous. La pente raide est plantée de bambous nains, qui donnent naissance à des lonicera, des osmanthus et des érables japonais fragiles. La nature du sol et l’orientation du sol sont propices aux variétés fragiles d’érable du Japon, dont la silhouette est mise en valeur par les volumes arrondis et sculptés de loniceras, de genévriers et de pittospores.

Au coeur du jardin on découvre un lieu bohème, loin du style japonais… Direction des origines du créateur : l’Algérie, où les paysans utilisaient les vieilles pierres qu’ils trouvaient à réutiliser. Suivant cette idée, Erik Borja a utilisé les pierres entourant la bergerie pour créer ce jardin méditerranéen orienté plein sud et qui tolère bien la sécheresse.

Évocation du dragon

Le jardin promenade est conçu pour la détente, centré autour de deux bassins reliés par une cascade. Il s’ouvre par brèches sur le paysage environnant. L’ensemble invite au jardin du dragon représentant la rivière locale l’Herbasse coulant à ses côtés. Tel un dragon indomptable, celui-ci est déjà sorti deux fois de son lit, détruisant le jardin sur son passage. Ce jardin sec octogonal est constitué de roches granitiques du Cap Corse. Leur disposition rappelle le corps écailleux d’un dragon.

S’appuyant sur les enseignements des maîtres jardiniers zen, à travers son travail, Erik Borja nous invite à contempler la nature, à avoir une approche physique et sensorielle pour la percevoir pleinement afin qu’elle devienne la source de notre inspiration jardinière.

Erik Borja est mort chez lui fin décembre, à l’âge de 81 ans, entouré de son jardin, qu’il considérait comme son autoportrait le plus fidèle.