COP15 : un deal ambitieux pour stopper l’effondrement de la vie

« C’est un texte historique qui vient d’être approuvé, j’espère qu’il a été approuvé. » Les propos du commissaire européen à l’environnement Virginijus Sinkevičius, peu après le coup de grâce de la COP15 sur la biodiversité, reflètent l’incompréhension générale. Quelques instants plus tôt, la Chine – qui organisait le sommet avec le Canada – avait décidé d’accepter l’accord par la force, ignorant la franche dissidence du Congo. En principe, les 196 États parties à la Convention sur la diversité biologique de Montréal devaient prendre la décision par consensus.

Comme d’autres, le pays centrafricain a estimé que plusieurs conditions manquaient au document final, fruit de quatre ans de travail et de deux semaines d’intenses négociations. Parmi eux : l’argent nécessaire pour protéger et restaurer la biodiversité. Il y a urgence, donc un million des quelque 8 millions d’espèces de la planète sont menacées d’extinction et en 50 ans près de 70% des populations de vertébrés sauvages ont disparu.

De l’argent pour le vivant

Le nouveau « Kunming-Montreal Global Biodiversity Framework » prévoit que tous les financements pour la biodiversité (publics, privés, nationaux ou internationaux) atteindront 200 milliards de dollars d’ici 2030. Pourtant, certaines grosses estimations évaluent les montants nécessaires à 600 et 600 et 200. 823 milliards de dollars par an, selon l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Autre point de tension : de nombreux pays du Sud demandent aux pays du Nord une aide de 100 000 milliards de dollars par an d’ici 2030, pour préserver et restaurer la biodiversité ; le cadre projette à terme 20 000 milliards de dollars d’ici 2025 et 30 000 milliards de dollars d’ici 2030 au plus tard, contre 10 milliards de dollars aujourd’hui.

Enfin, alors que les pays en développement réclamaient la création d’un fonds dédié à la biodiversité, auxquels s’opposaient les pays nordiques, l’argent de la biodiversité sera finalement géré au sein du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), comme le propose la Colombie. Du moins au début.

Pour un vrai partage des bénéfices issus des ressources génétiques

L’enjeu clé de cette COP, le partage des bénéfices des ressources génétiques des pays en développement exploitées par les entreprises nordiques, par exemple dans la cosmétique ou la médecine (notre article), a fait l’objet d’un accord. Cela formalise la création d’un mécanisme qui sera défini lors de la COP16 en Turquie.

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En plus d’un financement supplémentaire, les subventions mortelles doivent être réduites d’au moins 500 milliards de dollars d’ici 2030. Les subventions à l’agriculture conventionnelle sont spécifiquement ciblées, car c’est la principale menace pour la biodiversité, selon la Convention sur la diversité biologique.

Protéger 30% des terres et des mers d’ici à 2030

L’Union européenne a fait sa proposition phare : le texte soutient l’objectif de garantir la protection d’au moins 30 % des eaux terrestres, maritimes, côtières et intérieures d’ici 2030. Aujourd’hui, ils ne représentent que 17 % des milieux terrestres et 8 % des milieux marins. ils sont dans un état protégé. D’ici la fin de la décennie, 30% des zones dégradées devraient bénéficier d’une restauration « efficace » pour promouvoir l’intégrité, les fonctions et les services des écosystèmes.

L’accord ne dit rien sur la qualité de ces protections, de la mise sous verre aux activités humaines – pêche, chasse, exploitation forestière, etc. Ce point a provoqué la colère de certaines ONG, dont Bloom, qui accusent le gouvernement français de manœuvrer pour éviter d’évoquer l’objectif de 10% de zones sous « forte » protection.

Agriculture : pas de mention de la viande ou de l’élevage

Malheureusement, le texte final ne contient aucune mention de l’élevage ou de l’alimentation carnée, alors que la viande nécessite encore plus de terres agricoles. Celles-ci sont empruntées aux milieux naturels, aggravant la crise climatique et l’effondrement de la vie.

L’accord appelle à la « gestion durable » des zones consacrées à l’agriculture, l’aquaculture, la pêche ou la sylviculture, en utilisant des pratiques qui soutiennent la biodiversité. Celles-ci comprennent : l’agroécologie, « l’intensification durable » (produire plus sur la même terre et utiliser moins d’intrants, augmenter les rendements, selon la FAO) et « d’autres approches innovantes ». Assez pour que chacun voie midi à sa porte.

La réduction programmée des pesticides

Fait significatif et applaudi par de nombreux observateurs européens : d’ici 2030, le nouveau cadre prévoit une réduction d’au moins 50 % des « risques liés aux pesticides » ; une formulation plus efficace que de traiter uniquement des volumes étendus. Paul Leadly, chercheur spécialisé en écologie des populations et des communautés à Paris-Saclay, nous a confié que si l’utilisation de pesticides aux États-Unis a diminué de 40 %, les risques ont quadruplé en raison de la toxicité plus élevée du produit. . Certains grands pays émergents, comme le Brésil ou l’Argentine, ont tenté en vain de parvenir à un accord souple avec leur secteur agro-industriel, notamment avec l’Union européenne, pour supprimer la mention des pesticides.

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Les rejets excessifs de nutriments dans l’environnement – comme les nitrates du lisier de porc, qui détruisent les cours d’eau et provoquent des marées vertes en Bretagne – doivent également être divisés par deux d’ici huit ans. Les parties se sont également engagées à « travailler pour éliminer la pollution plastique ». De plus, le texte incite les entreprises à rendre compte de leur impact sur la biodiversité et des actions qu’elles ont entreprises pour le limiter, sans qu’on le leur demande.

Équité, droits des peuples autochtones et genre reconnus

Les peuples autochtones sont les meilleurs gardiens de la biodiversité (Vert) et leur rôle dans la conservation des écosystèmes est reconnu dans ce nouveau cadre mondial de la biodiversité. Le texte appelle à l’équilibre et à l’harmonie avec la « Terre Mère », comme l’exigent plusieurs pays d’Amérique latine.

Enfin, le cadre reconnaît que les femmes, les jeunes et les personnes handicapées doivent être pris en compte lors de la prise de décision et qu’il est nécessaire de garantir la protection des défenseurs de l’environnement, car ils sont de plus en plus victimes d’abus et même de meurtre (Vert) .

Et après ?

« Ce qui n’est pas quantifié et daté n’est pas réalisé, nous le savons depuis Aichi », a déclaré Pierre Cannet, du WWF France. Les 20 objectifs du précédent cadre mondial décidé en 2010 (dit « Aichi ») ont tous échoué (les Verts), principalement parce que le texte ne prévoyait que quelques indicateurs de mise en œuvre. Il est prévu d’effectuer une analyse de tous les objectifs nationaux dans chaque COP, qui est effectuée tous les deux ans. La première évaluation de la mise en œuvre des feuilles de route nationales aura ensuite lieu dans quatre ans.

Les pays mettent désormais ce nouveau cadre en musique dans leurs politiques intérieures. Dès 2023, la France doit rédiger une nouvelle feuille de route pour sa biodiversité. De même, pour arrêter de subventionner les pratiques agricoles néfastes, il lui faudra trouver le moyen de réduire sérieusement l’usage des pesticides ou l’artificialisation des sols, etc. « Chacun devra respecter cet accord de Montréal, montrer que ce n’est pas un accord de papier », explique Christophe Béchu, le ministre français de l’Ecologie, et applaudit lui aussi un texte « historique ».

Le texte « ne casse pas la maison, mais sauve le mobilier », selon les mots du directeur du plaidoyer et des campagnes du WWF France, Pierre Cannet. « Il y en avait pour tous les goûts », a déclaré un diplomate européen. Si le vivant est loin de la forêt, tout le monde s’accorde à dire que le nouveau cadre présente de réelles avancées par rapport à ses prédécesseurs.