David Corona, du GIGN aux oreilles du manager et In-Cognita

Quand un coach en thérapie brève et un négociateur du GIGN se rencontrent, « de quoi parlent-ils ? L’air populaire est familier mais la rencontre de ces deux-là est plus rare. » David Corona, sorte de guerrier viking aux cheveux et à la barbe de feu, a passé douze ans dans corps d’élite de la gendarmerie nationale. A son actif plus de 200 négociations de crise, dont Charlie Hebdo en 2015 et le Super U de Trèbes en 2018, avec la mort tragique du colonel Arnaud Beltrame. Il a également géré des enlèvements en France et à l’étranger pour Ministère des Affaires étrangères, prise d’otage et ransomware (ransomware)… Anne-Gervaise Vendange, formatrice énergétique en thérapie et hypnose, a la résistance au changement sous toutes ses formes un cheval de trait.

En couple à la ville, ils décident en mars 2020, peu avant la crise du Covid, de créer In-Cognita, « dans la tête de l’autre ». Une société de conseil un peu atypique qui propose d' »activer » les leviers du changement, mais aussi des méthodes de profilage et des négociations complexes allant jusqu’au ransomware. « Quand David a quitté le GIGN, l’association nous a semblé évidente que nous avions l’habitude de parler de certains cas, de nous demander conseil les uns les autres. Chacun avec son propre regard et sa grille d’analyse », raconte Anne-Gervaise Vendange. « C’était une évidence. Nous avons un mix de méthodes d’accompagnement et de gestion de crise qui englobent l’aspect technique et stratégique et l’aspect humain. Je suis un tireur d’élite mais mon arme préférée est la parole », ajoute David Corona.

Un numéro de duettiste tonique et mental

Le tout donne un mélange tonique et ludique mental avec des méthodes d’apprentissage établies autour de ce nombre de duo. Ce jour de novembre, devant une quinzaine de dirigeants du localisateur 1001 foyers, le géant russe s’allonge par terre et demande aux participants de se relever. Regards surpris et moqueurs, tout le monde s’en mêle. Les plus courageux tentent de le bousculer, d’autres tentent l’intimidation ou la culpabilisation, tandis que certains crient encore « au feu » ou « à table » ! Mais David Corona ne bronche pas. Anne-Gervaise sourit. « Pourquoi ne demandez-vous pas leur propre référentiel ? », suggère-t-elle au groupe.

« En fait, personne ne se pose la bonne question : qu’est-ce qu’il faut pour se lever ? l’emmener où l’on veut. « Chacun parle avec sa propre représentation du monde, mais en situation d’influence, il faut d’abord qu’il soit capable de suivre le mouvement de l’autre », explique à son tour Anne-Gervaise. David Corona abonde « En douze ans de GIGN, j’ai appris qu’on peut négocier avec tout le monde. Il n’y a pas de négociation complexe, mais plutôt des grilles d’analyse et de compréhension à assimiler. La solution à tout problème humain réside dans un triptyque composé de vous, de l’autre et de la situation. Au cœur de ce triptyque, on retrouve les émotions, celles des autres et celles générées par la situation actuelle. Une évidence, mais – comme tout mécanisme psychologique – qui ne peut être comprise qu’en déclarant et en pratiquant.

Déterminer les ressorts du groupe

Le couple a aussi ses propres méthodes de gestion du stress : emmener les gérants en forêt pour leur faire étirer l’un des leurs à tour de rôle ou les faire marcher la nuit avec un kit. L’expérience à la Rambo n’est pas qu’anecdotique : « Au début tout le monde rigole puis très vite on n’entend plus rien et au bout de quelques heures, invariablement, des difficultés surgissent, sourit David qui décrit plus précisément le but : La nuit on perd le but. du temps et du visuel et il faut se recentrer sur le groupe. Cela entraîne très vite les participants dans une dynamique stressante. Il ne s’agit pas de juger des compétences de l’un ou de l’autre, mais de déterminer à l’avance qui seront les sources de le groupe. Qui est le patron ? qui aide ?… Car quand ça va mal dans les affaires, il sera trop tard pour y penser. Bref, « Il faut mettre les gens dans l’embarras, sinon tu vas acheter la négociation par les poignées et tout ira bien ».

À Lire  Pourquoi la boxe : bienfaits pour la santé, comment…

Les méthodes de la thérapeute Anne-Gervaise Vendange et celles de l’ex-GIGN David Corona, au service des dirigeants.

Vous vous en doutez, les méthodes de David Corona et d’Anne-Gervaise Vendange n’ont rien à voir avec la formation traditionnelle au management. « C’est très concret et c’est basé sur l’expérience et les expériences fortes », s’enthousiasme Caroline Di Stefano, directrice générale de la laiterie de Montaigu en Vendée. Cela fait deux ans que le groupe familial a demandé à In-Cognita de les accompagner. Au final, « ça a permis de lisser les relations entre l’un et l’autre », note-t-elle. Rassurez-vous, les méthodes d’In-Cognita sont encore très éloignées de l’entraînement des forces spéciales que David Corona décrit dans son livre Négocier (édition Grasset) : « A 7 heures tous les jours, je recommence. Tous les jours. Jogging, piscine, musculation . Tractions, pompes, redressements assis. Tous les jours. Corde, marche commandée, boxe. Et recommencer encore et encore. ».

Un besoin de faire face aux multiples crises qu’il a dû gérer. Comme ces jours de janvier 2015, après l’attentat contre Charlie Hebdo, lorsque David Corona et son équipe se sont lancés à la poursuite des frères Kouachi. Et il se retrouve « en gilet pare-balles, casque, fusil d’assaut, marchant en colonne derrière un véhicule blindé qui avance lentement dans chaque village ». On entre dans les maisons, on fouille les greniers, les caves, les bassins. Nous les chassons comme des bêtes, au cœur de Paris et en temps de paix. ». Et puis vient Dammartin-en-Goële. Les terroristes se sont réfugiés dans une imprimerie située dans cette localité de Seine-et-Marne. David Corona est désigné pour négocier. « En entrant dans le poste de traite improvisé au poste de gardien de la compagnie proche avec détermination, je me dis que c’est peut-être ma seule opportunité de confronter mes hypothèses à la réalité et de faire des choses ».

« Vous devez mettre les gens mal à l’aise, sinon achetez Négociation pour les nuls et tout ira bien. »

Mais il n’aura pas la chance. Rappelons-le, un journaliste de BFMTV était entre-temps entré en couple avec les frères Kouachi. « Il nous a volé la seule possibilité de négociation », rage encore aujourd’hui David Corona. Il reste à sauver la vie. Celui de l’otage caché sous un évier que les terroristes n’ont pas vu. Son père a réussi à communiquer avec lui. Et David lui prend la main : quand l’assaut est lancé « j’essaie de le calmer, de remettre ma main sur lui pour qu’il sente que tout ce bruit est en fait le son qui dit que tout va bien maintenant et qu’ils il ne pourra pas venir ouvrir la porte du placard pour le tuer. Les équipes interviennent, il doit rester où il est car il tire de partout.

Avant tout, David Corona aime « la stratégie (et) les coups de négociation à froid, celui qui se joue sur plusieurs coups ». Il sera donc le premier négociateur à supporter les ransomwares. En 2017, une grande entreprise a subi une attaque numérique qui a bloqué tous ses ordinateurs « avec une demande de rançon en crypto-monnaie comme clé ». « Nous n’avons jamais géré ce type d’événement auparavant, mais je sais par expérience que, dans la dynamique relationnelle et la pression humaine, quel que soit le sujet ou la forme, ils ne sont en fait qu’un artefact. Les mécanismes sont toujours les mêmes et c’est sur eux que j’ai du travail : un otage, une négociation commerciale, sociale ou numérique, les structures sont identiques », explique l’ancien négociateur du GIGN.

La négociation au long cours en cyberattaque

Dans son livre, il décrit ces mécanismes psychologiques dans un tableau. « Dans une cyberattaque, on ne peut pas se limiter à une simple négociation. Il faut jouer la pieuvre, avoir un tentacule sur tous les pans de la crise : négociation mais aussi maîtrise des hackers, enquêtes judiciaires, investigations techniques, stabilité psychologique des décideurs et la direction des assureurs… « Pendant des semaines, échange. jour et nuit avec les hackers, alternant des périodes de silence, d’accélération, de pression… A la fin du parcours, ces derniers accepteront une rançon de 100 000 euros en espèces au lieu du million d’euros en bitcoins demandé.

À Lire  Emma Raducanu explique pourquoi avoir quelqu'un comme Andy Murray est si utile.

« Lorsque j’essaie de libérer des otages ou de remettre des fous en bonne condition et de sauver des vies, je fais en fait le même travail que lorsque je prépare des athlètes d’élite à s’améliorer ou à atteindre un objectif », dit-il. Alors qu’il était encore au GIGN, David Corona a rencontré Philippe Rozier, le coureur, qui hésitait encore à concourir pour les JO de Rio en 2016. Qui ne sont pas très branchés gourou et compagnie », raconte avec facilité le coureur. Mais en « deux heures, c’est parti tout de suite », se souvient-il.

« C’est un nettoyeur »

Avec des sportifs, David Corona met en pratique une méthode d’hypnose de pleine conscience établie avec sa femme. « C’est une nouvelle lumière qui me fait entendre les gens différemment, me regarder et me sentir différemment. L’hypnose que je pratique n’a rien à voir avec un numéro de cabaret où l’on fait faire la poule au spectateur, c’est avant tout l’accès à un inconscient énergétique. On apporte le soumis à un état de conscience modifié, éveillé et éveillé », décrit l’ancien négociateur sans donner sa recette.

« Il ne me dit pas comment m’entraîner ou comment monter à cheval. Il ne cause rien. Mais quand il parle, il se sent un peu bizarre. C’est un nettoyeur : il prépare les garçons à aller au feu, mais quand ils revenir, il doit nettoyer pour qu’ils puissent revenir. Là, c’est la même chose », tente d’expliquer Philippe Rozier. Le pilote recevra la médaille d’or aux Jeux olympiques de Rio. « C’est une belle rencontre humaine », conclut-il.

Le Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale a été créé en 1974 après la prise d’otages lors des Jeux olympiques de Munich. A l’époque, il s’agissait de créer au sein de la gendarmerie un commandement visant à lutter contre la piraterie aérienne, composé « d’éléments sportifs entraînés » et « dont l’intervention pourrait être sollicitée sur l’ensemble du territoire national ». Aujourd’hui, 380 hommes et femmes (officiers et sous-officiers) interviennent sur les scènes de terrorisme, de prise d’otages, d’arrestation de fous dangereux, d’émeutes carcérales, de risques ou de menaces aux intérêts vitaux de l’Etat.

Que se passe-t-il dans la tête d’un négociateur face à un fou ? David Corona, ancien négociateur du GIGN, nous convie à cette visite quelque peu introspective. « Négocier » de David Corona, Grasset. 288 pages. 20 euros.