Le CBD, des vertus thérapeutiques miracles, vraiment ?

Feuille de cannabis © Esteban Lopez sur Unsplash

Jusqu’à présent moins médiatisé que le THC, principale molécule psychoactive du cannabis, le cannabidiol (CBD) est désormais partout. Des boutiques dédiées à la vente de produits à base de cannabis riches en CBD, des tisanes préparées pour lutter contre l’insomnie ou encore des huiles à ingérer contre l’anxiété et des fleurs de cannabis séchées à fumer ou à vaporiser… De nombreux produits très variés sont aujourd’hui disponibles. disponible sur le marché aujourd’hui.

Alors que la France vient de lancer une expérimentation liée au cannabis à usage médical (avec des produits composés à la fois de THC et de CBD) et que l’engouement pour les produits à base de CBD ne cesse de se confirmer, il semble pertinent de regarder ce que dit la science en ce moment.

Que montrent réellement les données scientifiques publiées à ce jour ? Le CBD peut-il vraiment être utile dans le traitement de divers maux, de la douleur chronique aux problèmes de sommeil et même à la santé mentale ? Face à l’intérêt grandissant du public pour ces questions, Canal Détox approfondit le sujet, s’intéressant à ce qui se cache derrière ce nom scientifique et à l’effet du CBD sur certains troubles ayant fait l’objet de recherches.

CBD, THC : quelques repères

CBD, THC : quelques repères

Le cannabis (ou chanvre) est une plante originaire des régions équatoriales. Il existe plusieurs espèces. Ceux consommés pour leurs propriétés psychotropes, c’est-à-dire capables de modifier le fonctionnement de notre système nerveux central, sont issus de la famille du Cannabis sativa. Près de 500 composés de la plante sont connus, dont une soixantaine de cannabinoïdes.

Le principal composé psychoactif du cannabis est le cannabinoïde tétrahydrocannabinol (communément appelé THC). Le cannabidiol (CBD) est également présent en grande quantité dans la plante, et n’est pas légalement classé comme psychotrope, bien qu’il présente également des effets psychoactifs via une interaction avec le système sérotoninergique. Cela expliquerait aussi l’effet « calmant » promu par les vendeurs pour aider les personnes souffrant d’anxiété, de troubles du sommeil et aussi de douleurs chroniques.

A noter que les produits proposés dans le commerce et vendus sous le label CBD se présentent sous forme d’extraits naturels de fleurs ou de fleurs de cannabis entières. Ils contiennent principalement du CBD, mais toujours aussi du THC (bien que celui-ci soit parfois présent en petites quantités). On réduit cela aux « produits CBD » familièrement, mais cela ne reflète pas la réalité et la complexité de la composition des produits vendus et consommés[1].

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Depuis une dizaine d’années, l’intérêt de la communauté scientifique pour le CBD s’est accru, et cette molécule est soupçonnée d’être impliquée dans certains des effets thérapeutiques potentiels du cannabis. Cependant, la plupart des données disponibles à ce jour ne proviennent pas d’essais cliniques rigoureux et de grande envergure, mais de la reconnaissance par les chercheurs que le CBD peut agir sur de nombreuses cibles biologiques dans le corps.

Épilepsie sévère chez l’enfant

Épilepsie sévère chez l’enfant

C’est un documentaire de la chaîne américaine CNN qui a mis le CBD à l’honneur pour la première fois en 2013. Le film racontait l’histoire de Charlotte, une fille atteinte du syndrome de Dravet, une forme rare d’épilepsie. Faute de traitement efficace pour les centaines de crises dont elle souffrait chaque semaine, ces parents se sont tournés vers une solution alternative : une huile de cannabis particulièrement riche en CBD.

Aujourd’hui, alors que l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques est autorisé dans de nombreux pays, le seul traitement pharmacologique à base de CBD ayant fait l’objet d’essais cliniques approfondis aux États-Unis et ayant reçu l’autorisation de la FDA, Epidiolex, est indiqué dans le traitement des crises d’épilepsie pédiatrique.

En France, la HAS a décidé d’un remboursement uniquement lorsqu’il est prescrit dans le cadre de crises d’épilepsie associées au syndrome de Dravet ou de Lennox-Gastaut chez les personnes âgées de plus de deux ans et sous contrôle médical.

Douleurs chroniques, anxiété… des troubles variés mais peu de données

Douleurs chroniques, anxiété… des troubles variés mais peu de données

Au-delà de l’épilepsie, le CBD est largement utilisé en automédication pour une variété de conditions. C’est notamment la crise des opioïdes aux États-Unis et en Europe qui a contribué au regain d’intérêt pour cette molécule. En effet, face à l’ampleur du problème, les scientifiques se sont efforcés d’identifier des solutions alternatives pour soulager les patients souffrant de douleurs chroniques. Dans ce contexte, le cannabis thérapeutique a régulièrement été présenté comme un traitement potentiellement efficace et non addictif, et le CBD, molécule considérée comme ayant moins d’effets secondaires que le THC, a été particulièrement mis en avant.

Mais le CBD est aussi régulièrement utilisé par de nombreux individus pour réduire le stress et l’anxiété, pour aider les patients en oncologie à mieux supporter la chimiothérapie ou encore pour aider les personnes qui souffrent de troubles du sommeil.

Mais le CBD est aussi régulièrement utilisé par de nombreux individus pour réduire le stress et l’anxiété, pour aider les patients en oncologie à mieux supporter la chimiothérapie ou encore pour aider les personnes qui souffrent de troubles du sommeil.

Pourquoi les utilisateurs utilisent-ils le CBD pour l’automédication ?

Pour mettre en lumière la diversité des troubles pour lesquels le CBD est utilisé par les consommateurs, on peut citer une étude publiée dans JAMA Open Network en 2020 qui s’est ainsi penchée sur les raisons les plus souvent citées par ceux qui en prennent en automédication.

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Plus de 300 certificats ont ainsi été examinés. Résultat : plus de 63% des internautes évalués dans l’étude ont déclaré utiliser le CBD pour soulager les symptômes liés à l’anxiété, la dépression ou les troubles du spectre autistique. Plus de 26 % d’entre eux l’utilisaient pour lutter contre les douleurs orthopédiques et près de 15 % pour améliorer leur sommeil.

Cependant, les études confirmant l’efficacité de la molécule dans ces différents contextes sont rares et souvent méthodologiquement limitées. Par conséquent, contrairement à l’épilepsie, il n’existe pas encore de grands essais rigoureux comparant le CBD à un placebo dans de grands échantillons de patients.

Par ailleurs, la plupart des travaux réalisés dans le domaine médical portent sur le « cannabis médical » sans faire la distinction entre ses différents composés. Il est donc parfois difficile de déterminer quels effets sont véritablement imputables au CBD, d’autant que les mécanismes d’action de cette molécule sont encore mal connus. En effet, ses vertus thérapeutiques sont hypothétiques à partir de mécanismes pharmacologiques et résultent d’études précliniques. Il faudra donc encore quelques années avant que de grands essais puissent apporter une réponse à la question de son utilité clinique dans le traitement de la douleur et des maladies psychiatriques.

Et au-delà de son efficacité, des interrogations subsistent sur l’innocuité des produits riches en CBD, même si les personnes qui les commercialisent affirment que la molécule est sans danger et n’a jusqu’à présent pas montré de potentiel d’accoutumance entraînant une consommation excessive, contrairement aux produits riches en THC.

Parmi les effets indésirables qui ont été documentés, on retrouve surtout la somnolence, la baisse de l’appétit, les troubles digestifs, la fièvre, la fatigue et les vomissements.

En l’absence de connaissances supplémentaires sur les différents mécanismes biologiques ou de données probantes issues d’essais cliniques, la prudence reste donc de mise quant à la consommation de CBD en automédication. D’autant que les doses des produits à base de CBD ne sont pas standardisées, et que certains d’entre eux peuvent interagir avec d’autres médicaments prescrits aux particuliers, annulant leurs effets ou réduisant leur élimination. On peut également souligner que la consommation de ces produits augmente le risque d’être positif à un contrôle routier en raison de la présence systématique de THC, surtout avec une utilisation régulière.

[1] Ces produits peuvent contenir d’autres phytocannabinoïdes et terpènes (une classe d’hydrocarbures), dans des proportions variables selon la variété de cannabis utilisée et la méthode d’extraction. Il n’y a pas de quantité minimale de CBD pour qu’un produit soit considéré comme « riche en CBD ».

Texte rédigé avec Nicolas Authier, psychiatre, spécialisé en pharmacologie et addictologie et chercheur à l’unité U1107 NEURO-DOL (Inserm/Université Clermont Auvergne).

Texte rédigé avec Nicolas Authier, psychiatre, spécialisé en pharmacologie et addictologie et chercheur à l’unité U1107 NEURO-DOL (Inserm/Université Clermont Auvergne).

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