Le yoga peut-il intéresser les enfants ?

Le yoga pour les enfants, même pour les très jeunes enfants, a le vent en poupe. Une pratique bénéfique pour ses promoteurs, accessoire pour certains spécialistes.

« Yoga bébé 2 ans », « yoga bébé à quel âge », « yoga bébé heureux »… Sur Internet, les recherches liées au yoga pour les enfants, voire les bébés, sont nombreuses. Il en va de même pour les livres consacrés au sujet, du Big Book of Yoga for Kids à 52 Yoga Poses for Kids. Et les cours de yoga pour parents et bébés ou de yoga familial se répandent, démontrant un grand intérêt pour le sujet.

« La pratique se développe », raconte Brigitte Anne Neveux, présidente d’honneur de la Fédération française de Hatha Yoga et professeur de yoga, sur BFMTV.com. Cette ancienne inspectrice de l’Éducation nationale, responsable de l’IUFM de Moselle pour la formation des professeurs des écoles, n’est pas innocente du développement de cette activité : depuis trente ans, elle est l’une des plus ferventes défenseurs du yoga des enfants.

Du yoga « à tous les âges »

« On peut faire du yoga à tout âge », explique Brigitte Anne Neveux, également auteure de Yoga and Children. « Et depuis la petite enfance. » S’il ne s’agit pas, à proprement parler, de cours de yoga, cet ancien inspecteur évoque une « connexion des enfants avec ces techniques ».

La psychomotricienne Catherine Lefevre, représentante de la Fédération française des psychomotriciens, revendique de multiples apports pour les plus jeunes : tant au niveau de l’équilibre, de la coordination, de la dissociation, de la souplesse, de la force ou encore de la précision du mouvement.

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« Le yoga permet à l’enfant de commencer à apprendre, notamment au niveau des composantes motrices comme le contrôle du tonus, l’inhibition, et des paramètres comme le rythme, la lenteur, l’accélération », assure-t-il à BFMTV.com.

Une pratique utile pour « se concentrer »?

Pour Alice Guyon, le yoga a même tout l’intérêt d’entrer à l’école. « Dans l’enseignement scolaire occidental, il y a peu de place pour l’intériorisation du corps », déplore ce chercheur CNRS en neurosciences à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire, qui a travaillé sur les bienfaits des disciplines corps-esprit (dont le yoga, le tai). -chi et qi-gong).

« Ces approches, comme le yoga ou la sophrologie, permettent de développer l’intelligence émotionnelle, d’observer les sensations, de calmer sa respiration et d’écouter son propre corps sans que cela contredise les résultats scolaires.

Un sujet controversé

Lors des ateliers philosophiques qu’Alice Guyon anime du CE1 au CM2, avant chaque séance, elle propose aux enfants une « pratique de l’attention », sorte de courte méditation pour canaliser leur énergie et améliorer leur concentration. Dans sa formation d’enseignants, Brigitte Anne Neveux évoque le yoga comme un temps pour réorienter les enfants ou leur offrir une pause entre deux séquences scolaires.

Mais si pour certains ce genre de pratique méditative en classe est une évidence, pour d’autres cela les inquiète. Jean-Michel Blanquer a été alerté sur la réalisation dans certaines écoles d’ateliers de « méditation pleine conscience » – une technique différente du yoga -, présentés sous forme d' »ateliers de relaxation » ou d’exercices de « respiration » ou de « méditation ».

Des associations et des syndicats s’étaient constitués, jugeant qu’ils entraînaient « des risques importants » et des « conséquences incertaines (…) sur le développement psychologique des enfants ».

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Au niveau scientifique, plusieurs études ont établi les bienfaits du yoga chez l’adulte : réduction des symptômes dépressifs de deux à trois séances par semaine, réduction de l’anxiété ou encore renforcement du système immunitaire chez les patientes atteintes d’un cancer du sein. Mais chez les enfants, cette évaluation n’a pas été faite.

« C’est de l’ordre du cosmétique »

C’est pourquoi la neuropédiatre Catherine Billard est plus réservée sur le sujet. S’il reconnaît que le yoga fait partie d’un ensemble de « méthodes » pouvant « relaxer » les enfants, il n’arrive pas à se vanter de bienfaits dans la motricité, la concentration ou la gestion des émotions.

« Tout ce qu’on peut faire pour aider les enfants en difficulté d’apprentissage, anxieux ou agités est bon à prendre », a déclaré à BFMTV.com ce spécialiste du développement cognitif, qui a coordonné une expérience de dépistage du handicap.

« Tout le monde peut ressentir plus ou moins les bienfaits du yoga, mais je ne peux pas dire qu’il ait un réel impact positif sur les enfants, notamment en termes d’apprentissage », explique Catherine Billard. Pour ce neuropédiatre, « c’est une question de cosmétique ».