L’homéopathie après la tempête de sevrage

C’est une opinion qui a fait grand bruit. En juin 2019, à la demande de la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, la Haute Autorité de Santé (HAS) rendait ses conclusions sur l’homéopathie. Ces produits « n’ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier un remboursement », ont estimé les experts, conduisant à l’exclusion, dès janvier 2021, des petites granules blanches.

Un nouvel épisode dans l’histoire mouvementée de cette pratique thérapeutique contestée. En 1985, Georgina Dufoix, alors ministre de la Santé, rembourse les traitements homéopathiques à hauteur de 65 %. Une exception mondiale : seules la Suisse et l’Allemagne (provisoirement) suivraient les traces de la France. Les partisans du remboursement n’ont pas manqué de souligner que cette thérapie ne s’est jamais révélée plus efficace que l’effet placebo. En 2003, le ministre Jean-François Mattei a coupé la poire en deux et divisé le taux par le même montant, ce qui est resté l’objet de polémiques. Suite à l’arrêté de la HAS en 2019, la ristourne passe à 15 % au 1er janvier 2020 avant de disparaître l’année suivante. L’objectif affiché est une économie pour l’assurance maladie qui aurait remboursé 128,5 millions d’euros de médicaments homéopathiques en 2017.

Un « écroulement des ventes »

Cette décision a-t-elle été le glas de l’homéopathie, comme le craignait l’industrie ? Le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), Philippe Besset évoque « l’effondrement des ventes de produits homéopathiques remboursables » et fournit les chiffres établis par IQVIA, société spécialisée dans les données médicales. En 2019, avant le début du déremboursement, 126 millions de tubes (contenant des pastilles) et de doses (contenant des pastilles, à prendre en une seule fois) ont été vendus. Depuis, la courbe est en baisse : 110 millions en 2020, 59 millions en 2021 et 43 millions en 2022.

Parmi ces ventes, ce sont les unités remboursables ou anciennement remboursables qui connaissent la plus forte baisse, passant de 88 millions d’unités en 2019 à 8 millions en 2022. Si le verrouillage joue évidemment son rôle, l’érosion du recours à l’homéopathie est antérieure et continue. : en 2016 155 millions d’unités ont été vendues ; trois ans plus tard, avant toute baisse de couverture, il était déjà tombé à 126 millions.

À Lire  "On veut s'attaquer à la direction des laboratoires et les conséquences peuvent être très graves" : le mécontentement de l'année

Hausse des prix

La suppression du remboursement par l’assurance maladie a entraîné un autre changement important : une forte augmentation des tarifs. En cause, le passage de la TVA de 2,1 à 10 %, mais aussi la libéralisation du prix, qui laisse aux laboratoires et pharmacies toute liberté de l’augmenter pour compenser les pertes attendues. « Le tube de granules homéopathiques est passé de 2,45 € en moyenne à 3,80 €, une augmentation considérable », indique Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des pharmaciens d’officine (USPO).

Un coup dur pour le portefeuille de patients habitués à l’homéopathie. « 85 % d’entre eux continuent à l’utiliser comme thérapie malgré le déremboursement, appuie Charles Bentz, le président d’HoméoFrance et du Syndicat national des médecins homéopathes français (SNMHF), selon les résultats d’une enquête publiée en juin 2021. Mais pour 15 % des patients, le coût des médicaments homéopathiques est désormais prohibitif. « Une proportion toutefois insuffisante pour justifier la baisse des ventes.

En fait, le reste de l’explication est à chercher du côté des thérapeutes eux-mêmes : 56% des médecins homéopathes interrogés par le SNMHF déclarent avoir modifié leurs habitudes de prescription pour limiter l’impact économique pour leurs patients. « On a remplacé les doses qui se prenaient en une seule fois par des tubes de granules utilisables pendant deux ou trois mois, ce qui divise le coût par quatre voire plus », explique Antoine Demonceaux, médecin généraliste homéopathe et coordinateur du diplôme interuniversitaire. cours de thérapie homéopathique. Les chiffres d’IQVIA montrent que les doses précédemment remboursées connaissent la baisse la plus impressionnante des ventes, passant de 32 millions en 2019 à 2 millions en 2022.

Moins de praticiens

Il est difficile d’évaluer l’évolution du nombre de médecins qui prescrivent ces produits, se déclarant homéopathes (ce qui n’est pas reconnu comme une spécialité) ou non, mais selon toute vraisemblance il est en baisse. A l’annonce du remboursement, le Conseil de l’Ordre des Médecins avait cessé de reconnaître les diplômes d’homéopathie délivrés par les écoles privées et réclamé la mise en place d’une « formation universitaire validée de type DIU, formation qui respecte les règles de déontologie médicale, formation qui a tout lien d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique ». C’est chose faite depuis octobre 2022, avec une baisse très marquée du nombre de médecins parmi les adhérents (pharmaciens, sages-femmes, etc.), comme le reconnaît Antoine Denceaux, qui l’attribue en partie à la baisse démographique médicale.

À Lire  Les laboratoires de biologie sont bientôt en grève : "nous...

Pourtant, l’image de l’homéopathie, critiquée depuis presque l’origine pour son inefficacité, ne semble pas avoir souffert de son exclusion. Selon un sondage réalisé par l’Ifop en septembre dernier, 83 % des Français se déclarent favorables à son utilisation. « L’arrêt du traitement a peut-être semé le doute dans l’esprit des personnes qui ne sont pas convaincues, mais absolument rien n’a changé pour les patients qui sont habitués et connaissent ses bienfaits », explique Charles Bentz. « Il n’y a pas de perte de confiance, ajoute Antoine Denceaux. De nombreux nouveaux patients nous consultent, notamment en pédiatrie, pour des problèmes ORL chroniques et des troubles anxieux, nos fers de lance. Après l’électrochoc du déremboursement, il nous appartient de définir le champ d’action le plus pertinent pour l’homéopathie au sein du système de santé de demain. L’homéopathie n’a pas dit son dernier mot.

L’homéopathie ou le principe de similitude

Inventée par le médecin saxon Samuel Hahnemann en 1796, l’homéopathie propose de « traiter avec le même » : une petite dose de « poison » pourrait avoir un effet thérapeutique sur une pathologie aux symptômes similaires.

En 1932, les frères Boiron créent le Laboratoire Central d’Homéopathie de France, qui deviendra Laboratoires Boiron en 1967.

Les produits homéopathiques les plus vendus aujourd’hui sont Arnica montana (pour divers traumatismes), Oscillococcinum (états grippaux) et Camilia (poussée dentaire du nourrisson).