Que dit la salle de sport sur nous ?

Publié

le 19.11.2022. à 06:00, Mis à jour hier à 10:27

On se sociabilise

L’obsession du corps musclé est devenue un projet quasi social. Loïc Artiaga, historien et professeur d’histoire culturelle à l’université de Limoges, est l’auteur de Rocky, la revanche des rêves de l’homme blanc. Il met en lumière ce phénomène, plus que jamais d’actualité après la pandémie.

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Décalage contextuel, alors que les salles de sport sont fermées pendant le Covid, femmes, hommes, parents, ados se sont retrouvés à faire du sport dans leur salon, sur les réseaux, en direct. En conséquence, après l’incarcération, le gymnase est devenu un lieu de rencontre pour toute la famille. Aujourd’hui, pour vingt euros par mois, on s’y rend tous les jours, avant le travail ou à l’heure de l’apéro.

On dépasse nos limites

Avant même le développement des activités sportives telles que le football et la boxe, il existait déjà des salles de sport au 19ème siècle. Mais le public de l’époque était majoritairement masculin et bourgeois. Le corps musclé est une enveloppe de domination sociale qu’il faut lire jusque dans la silhouette. Progressivement, les États se réapproprient l’outil politique de l’activité sportive en l’étendant au grand public qui commence à s’adonner au sport en tant que discipline. C’est ainsi qu’est né le sport scolaire, ancêtre de l’éducation physique, avec un enseignement autour de la gymnastique, des sports collectifs comme le volley et le handball.

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On chasse le stress

Mesdames, jusqu’à la naissance de la musculation et de l’aérobic sur la côte ouest américaine, les muscles étaient considérés comme un critère de beauté, et les femmes aussi. La pratique s’est individualisée et féminisée, et est désormais associée au bien-être. La salle de sport est aussi un symbole de cette individualisation de l’exercice. Là, on transpire seul, en travaillant les différentes parties du corps les unes après les autres. Nous explorons les limites de notre propre corps. Après les corps durs à la Stallone et Schwarzenegger qui ont marqué la fin des années 90 et le début des années 2000, faire du sport en salle n’est plus l’apanage des hommes. Les salles proposent des cours de fitness, une version moderne de ce qu’était l’aérobic au XXe siècle. La démocratisation des salles étend la pratique à tout le monde. De plus, les réseaux sociaux se développent, et avec eux la force politique d’empowerment. Alors que la minceur de Kate Moss était un marqueur d’image publicitaire dans les années 2000, vingt ans plus tard, elle n’a plus le succès. Il existe d’innombrables comptes d’influenceurs musclés sur TikTok qui donnent des conseils sur l’alimentation et l’exercice et sont suivis par de jeunes hommes et femmes.

Marre des campagnes sur la bonne nutrition et la nécessité de bouger depuis le primaire, les jeunes ont compris le message. Ils deviennent les meilleurs apôtres du dicton « un esprit sain dans un corps sain ». Se relaxer ? Impensable! Dans leurs annexes ministérielles, le champ « salle » apparaît en jaune Stabil.

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Dans une société supposée cruelle, les corps sont davantage mis à l’épreuve. La pièce est donc aussi un endroit où le stress accumulé peut être soulagé. Si le côté ludique semble moins présent que dans les sports collectifs, le côté thérapeutique, exutoire est plus présent. « En traitant le corps, conclut Loïc Artiaga, on teste cette fine frontière entre le corps et l’extérieur. »

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