Soins et services à domicile : à la pointe du « care »

Publié le 21 novembre 2022 à 07.00. Mis à jour le 21 novembre 2022, à 12h58

L’effervescence semble n’avoir jamais été aussi forte dans le service à domicile. Dans la question ? Une vague de « révolutions sociétales, technologiques et réglementaires », résume Corinne Grenier, professeure et coordinatrice du Centre d’excellence pour la santé et l’innovation de Kedge Business School.

Le point saillant de cette transformation reste la croissance démographique, « avec une croissance importante du segment des 75 ans et plus, c’est-à-dire que des millions de Français risquent d’évoluer vers une situation de grande fragilité », rappelle Alexandre Petit, fondateur d’Alogia Groupe, société spécialisée dans les solutions de santé préventive à domicile, et président du Gérontopôle Nouvelle-Aquitaine.

Des coûts élevés

A cela s’ajoute la fascination grandissante pour les Ehpad, fruit des scandales, mais aussi du parcours du combattant pour y trouver une place. Sans oublier les politiques d’autonomisation des personnes en situation de handicap, d’augmentation des maladies chroniques ou de raccourcissement de la durée d’hospitalisation, qui ont longtemps plaidé pour la réduction du déficit de l’assurance maladie. Autant de choses qui orientent les habitants vers chez eux.

« Face à l’âge, à la maladie ou au handicap, il est anthropologiquement normal de vouloir vivre, et mourir, chez soi. D’autant que l’habitat peut désormais s’adapter et que l’Etat, avec « Ma Prim’Adpat, fera de l’adaptation du logement une priorité », souligne le sociologue Serge Guérin (*), professeur à l’Inseec GE, directeur du « M2 – Programme de directeur d’établissements de santé.

Il souligne néanmoins que « contrairement à ce que pensent l’Etat et la société, les coûts du maintien à domicile peuvent être plus lourds qu’en EHPAD, d’où l’émergence de solutions alliant logement autonome et services partagés ».

Complexité administrative

Les défis à relever ont donc tendance à s’accumuler, et les secteurs public et privé sont loin d’avoir trouvé la solution. Certes, la loi de 2015 et bientôt la loi d’adaptation de la société au vieillissement vise le bien vivre chez soi. « Il n’en reste pas moins que les acteurs du secteur sont hétérogènes : publics, lucratifs, associatifs, de tailles différentes… Ils n’ont donc pas les mêmes moyens pour mettre en œuvre cette politique publique », pointe Corinne Grenier. Cela se traduit aussi par des différences territoriales, avec une désertification médicale toujours d’actualité, d’autant que la volonté de réguler le déploiement des médecins est loin de faire l’unanimité.

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Autre frein, la complexité administrative continue d’être évoquée, tant par les aidés et les aidants que par les professionnels. « Il n’y a que sur les systèmes de financement existants que des personnes sont perdues », glisse Alexandre Petit et prône « une réponse centralisée et globale ». Au cœur des débats, la question des coûts des services de maintien et d’accompagnement à domicile (Saad) plus que jamais d’actualité. Fondateur de Domia Group, spécialiste des services à domicile avec Acadomia et Shiva, Maxime Aïach s’est lancé sur le marché des soins à domicile avec Nos Aimés.

Difficultés de recrutement

Bien qu’il reconnaisse que « beaucoup de gens recherchent le plus bas de leur poche », ce n’est pas son approche. « Nous prônons la liberté des prix pour garantir un suivi de qualité aux personnes aidées, soignants comme intervenants », précise celui qui dit proposer l’un des salaires horaires les plus élevés. « Quinze euros nets de l’heure en CDI avec Nos Aimés, contre 12 euros », précise-t-il.

Car à l’heure où l’ensemble du secteur médico-social fait face à une crise des métiers et à des difficultés de recrutement sans précédent, il y a urgence « à rendre ces métiers attractifs et à les revaloriser, par les salaires, mais aussi par la professionnalisation de la progression, l’innovation dans les équipements et de gestion », selon Serge Guérin.

Les acteurs historiques sont également conscients qu’ils doivent réagir rapidement, et investissent donc dans les technologies et refont leur modèle de gestion.

Et Maxime Aïach d’avoir insisté sur le fait qu' »il s’agit de perte d’autonomie ou de maladie, des sujets anxiogènes où le rôle du professionnel est de réduire le stress des clients ». L’arrivée de nouvelles entreprises illustre la prise en compte des besoins. « Sachez que les acteurs historiques sont aussi conscients qu’ils doivent réagir rapidement, donc investir dans les technologies et la rénovation de leur modèle de gestion », estime Corinne Grenier. Elle souligne l’importance que ces professionnels « ne restent pas isolés sur leur territoire, mais se connectent à l’écosystème de la santé et de l’assainissement ».

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Le but est, selon elle, de « ne jamais perdre de vue les savoirs d’expérience du bénéficiaire, sinon de ne pas lui imposer des services, mais de construire avec lui son projet de vie ».

(*) Serge Guérin est l’auteur de « Au service de la vie ». Métiers des services à la personne » (éditions Fauves, 2021).